vendredi 16 avril 2010

Une mésaventure dont nous sommes les héros

Cette folle journée semble s'être passée il y a des lunes maintenant que nos deux héros y repensent en buvant une bonne Chang Beer sur l'île de Koh Chang en Thailande.

Il était une fois Hell's Anjo et Mom Mathieu à Paksong sur le Plateau Bolaven, au sud du Laos. Le propriétaire de leur guesthouse leur proposa d'emprunter son scooter pour faire une boucle d'un jour. Cette région laossienne étant le paradis des chutes majestueuses et des plantations de café, nos deux comparses partirent donc tôt le matin sur leur mobilette à la conquête du dit plateau.

Ils ne firent pas beaucoup d'arrêts car leur but ultime étaint la réputée Tat Katamtok Waterfall que l'on dit être la plus impressionnante du Laos. Quelques heures et une crevaison plus tard, la mopette commença à crachoter (ils la surnommèrent donc Pet-Sauce). Se disant que ce n'était pas trop grave, ils empruntèrent tout de même le dernier segment de la boucle les ramenant à Paksong (70km) et par le fait même à la chute au km 16.

Pet-Sauce faisant de plus en plus des siennes, il était maintenant impossible de rouler au delà des 30 km heure. À 8 km de la chute sur cette route de terre peu fréquenté, la mopette décida qu'elle en avait assez! Plus rien à faire, elle était morte! Après réflexion et d'un commun accord, ils décidèrent de rebrousser chemin pour retourner à la dernière intersection en poussant feu Pet-Sauce. Miraculeusement, un motocycliste apparut sur cette route déserte et Sandrou se joignit au conducteur pour aviser le proprio de la péripétie et ainsi pouvoir revenir chercher Jo et la moto avant la noirceur. C'est ainsi que nos deux protagonistes se séparèrent à 15h sous un brûlant soleil.

La version de Sandra :

Je n'étais pas très brave en cuillère sur une moto avec un laossien inconnu, mais bon, 70 km c'est vite passé me suis-je dit. Ouf... maximum 40 km/h avec des courbes de la mort, des montées et des descentes sans fin sur cette route pleine de trous et de boue... j'avais la chienne. C'est 3h30 plus tard que nous sommes arrivés à Paksong non sans avoir failli mourrir quelques fois en écrasant veau-vache-cochon et poulet. Je suis reconnaissante envers mon conducteur qui était tout de même très prudent et qui m'a permis de traverser un paysage incroyable dans la jungle dense. C'est un magnifique coucher de soleil sur des plantations de café à perte de vue qui nous a accueilli à l'arrivée.

Retour à la réalité, j'ai du expliquer la situation au papa de Pet-Sauce. Il n'avait pas l'air trop surpris de la nouvelle et il m'a tout bonnement annoncé qu'il n'avait pas de véhicule, donc qu'il ne pouvait rien faire. Là j'ai commencé à penser au pauvre Jo prit dans le milieu de nulle part à la noirceur. J'ai alors insisté et quelques heures plus tard nous sommes partis avec le camion de son ami. J'étais assise entre les deux me disant que la route allait être longue et ne sachant trop comment j'allais retrouver Jo. Comme si on n'était pas assez serrés, on a aussi embarqué un autre ami (qui ne semblait jamais avoir vu de blonde de sa vie) et après à peine quelques kilomètres, on a fait un arrêt pour aller chercher une caisse de bières... Imaginez : Sandrou avec 3 hommes laossiens louches qui boivent de la bière en conduisant. Les seules fois où le proprio m'adressait la parole en anglais c'était pour me complimenter sur mes beaux yeux et pour me dire de me détendre. C'est là que j'ai commencé à paranoier et je me voyais finir mes jours dans le Laos profond...

Mais bon, nous sommes finalement arrivés à la fameuse intersection du chemin de terre vers 22h.

La version de Jo :

Après avoir vu disparaitre Sandra bien assise à l'arrière de la moto, j'ai commencé à pousser Pet-Sauce sur les 8 km à faire vers l'intersection croisée plus tôt. Par chance, la route était en pente descendente : quelques coup de pieds, et bien assis sur la mobilette, je regardais défiler le paysage avec l'odomètre comptant les centaines de mêtres. Même le speedomètre m'encourageait : 15, 20 et même 25 km/h! Tout le long de la route, je croisais des cabanes de bois de différentes tribus et les enfants saluaient ce drôle de fa-lang (étranger) sur sa moto silencieuse! Sabaydee! Sabaydee! (Allo en Lao). Certains d'entres-eux me donnaient même des poussées quand ils voyaient que je n'allais pas assez vite!

À moins de 2km, deux hommes m'ont aidé à trouver le problème de ce scooter. L'air de dire "Moé j'connais ça, toé tu connais pas ça", ils ont regardé le niveau d'essence (Fish, mais pas baleine quand même). Et oui, il en reste au moins 1 litre. Le deuxième check : niveau d'huile (simonak, faut le savoir il est où le cossin!). Plus d'huile. Vide. Pas une goûte. Eureka! J'ai ma solution! Juste à dépenser quelques kips et je suis sur la route en moins de deux!

Une heure après le départ de Sandra et je suis maintenant au village (pas plus de dix cabanes)! Fier (et poussièreux) comme un paon, je me met à demander à tous ces laossiens incrédules pour de l'huile : Oil, you have oil? Ils semblent comprende autant que mon chien. Je pointe vers le truc : oil calvaire! Et voila, ils me pointent la cabane voisine où je m'empresse d'aller, Pet-Sauce à mes côtés. Je recommence mon histoire avec oil. Même réaction et même réponse : la cabane voisine. Après trois cabanes voisines et le regard meurtrier je suis rendu de l'autre côté de la rue devant la discothèque du coin (un gros speaker avec de la distortion en veux-tu en vla!). Il est 16h30.

Quatre jeunes aspirants mécanos se mettent en devoir de démonter Ti-Pet (Burn mother-fucker, burn!) afin de trouver la solution : ce n'est pas l'essence (je me croirais dans le jour de la marmotte), pas la bougie non plus et finalement ils se rendent compte qu'il n'y a plus d'huile (ben oui, c'était ça l'espèce de danse d'exaspération que j'effectuais depuis trente minutes en criant : Ya plus d'huile tabarnak)! Pour faire une histoire courte, ils en ont pas plus d'huile ici. Juste de l'essence dans des bouteilles de grosses bières pour 10,000 kips.

Un peu peno, je fais signe "Dodo" et ils me pointent vers une maison un peu plus grosse que les autres. Un jeune me comprend et me demande : pour une personne? Oui et une mopette s'il-vous-plaît. Durant plus d'une heure, j'explique à l'aide de dessins et de mimiques, ma mésaventure à une dizaine de laossiens curieux. Je ferais un malheur maintenant à Fais-Moi-Un-Dessin!

20h30 arrive et l'heure de dormir. Ded (c'est le nom de mon laossien d'adoption) me propose sa chambre et me souhaite bonne nuit. La moto est bien en sécurité à l'intérieur (demandez moi donc si je m'en criss à ce moment là) et je me doute bien que les secours n'arriveront que demain. J'essaie de m'endormir, tout en riant à cette journée digne du film de Ferrys Bueller. Moi qui voulais faire un homestay chez une famille Lao, me voilà récompensé!


La finale de Sandra :

J'ai demandé au premier venu et tout de suite il m'a fait signe que Jo était dans la maison au coin.

À la porte j'ai reconnu les sandales de Jo qui faisaient certainement deux fois la pointure des autres. Un petit homme en pijama m'a ouvert et j'ai trouvé Jo dans une chambre tout surprit de finalement me voir apparaître. J'ai remercié le ciel : mon chum était en vie et moi aussi!

Les retrouvailles :

C'est finalement à minuit trente que Mom Mathieu et Hell's Anjo sont arrivés à Paksong. Une petite boucle de 200 km qui auraient du les ramener bien avant le souper a prit quelques heures de plus. Tout le long de la route du retour, bien assis dans la boite du camion en compagnie de la mopette, ils en ont profité pour se raconter leurs péripéties.

Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'autres aventures...

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3 commentaires:

  1. C'est vraiment trop cool de vous lire, j'avais l'impression de lire un thriller, suspense ou autre truc du genre ! Merci pour ce beau moment (le malheur des uns fait le bonheur des autres ;-)

    Eveline xx

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  2. Vraiment trop drole comme histoire!

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  3. j'suis crampé, j'adore votre plume!
    j'ai hâte de vous retrouver les amis!
    Fred!

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