vendredi 21 mai 2010

Spirituelle Varanasi

Oubliée par le temps, Varanasi semble regarder le Gange depuis des millénaires. Une des plus vieille ville du monde, l'ancienne Benares a un côté mystique et mystérieux. Son labyrinthe d'allées sinueuses, à peine assez large pour y circuler côte à côte, vous mènera (la plupart du temps) vers une ghat. Des dixaines de ghats (espèces d'escaliers de pierres donnant accès à l'eau) bordent le rivage du Gange sur environ 7 km.


On vient à Varanasi pour y vivre et aussi pour y mourir : les Hindus, en se lavant trois fois dans trois ghats différentes, seront purifiés de leurs péchés (et pouvoir ainsi continuer à harseler les touristes en toute impunité). Avec seulement un mince slip de bain, ils se lavent énergiquement et pour terminer, boivent une bonne gorgée de cette eau grise. Je tiens à vous rappeler, chers lecteurs, que le Gange, à la hauteur de Varanasi, est l'un des cours d'eau les plus polués du monde : on y retrouve 1,5 millions de coliformes fécaux par 100 ml (pour une eau propre à la baignade, ce chiffre doit être en bas de 500 par 100 ml). Comme quoi leur foi est immensément plus grande que la mienne : les 60 000 pellerins y venant chaque jour attribueront leurs futurs malaises plutôt au fait d'avoir but de l'eau trop glacée par cette journée chaude qu'aux coliformes dans leur estomac!

Deux ghats sortent de l'ordinaire et l'on peut les reconnaître facilement par les énormes tas de bois empilés à proximité : les ghats funéraires. Afin de terminer le cycle des réincarnations, en mourant à Varanasi, il est possible de ne pas passer par GO et d'aller directement au paradis. Le défun, accompagné de sa famille (ou plutôt le contraire), s'avance vers une ghat funéraire. Le corps (excepté le visage) est enveloppé dans un espèce de papier d'aluminium coloré. La famille emplie la bouche du défunt avec une bonne rasade de l'eau du Gange (histoire de l'achever s'il n'était pas tout à fait mort) avant de déposer la dépouille sur un bucher (il faut 350 kg de bois pour faire une combustion parfaite). Le tout est allumé et clôt ainsi ce fameux cycle des réincarnations.

Pour le petit voyageur que je suis, voir trois ou quatre feux dignes d'une St-Jean avec un corps en flame est une expérience un peu traumatisante... surtout quand on est sous le vent.

Afin de compléter la boucle touristique, on doit bien sûr se taper un tour de chaloupe sur la rivière, à l'aube et à l'aurore. On a la chance d'avoir une vue d'ensemble sur la ville et les milliers de personnes grouillant sur le rivage. Bien entendu, on est un peu surpris de voir flotter des cadavres dans différents stades de décomposition. Ces derniers n'ayant pas accès à la crémation (femmes enceintes, prêtres, personnes mordues par un cobra), ils sont tout simplement lestés avec des roches (on est loin de l'efficacité de la formule sac de couchage et béton de nos motards criminalisés!) et abandonnés dans l'eau.

Outre ce côté un peu macabre, Varanasi est l'endroit pour le yoga, la musique, magasiner de la soie ou tout simplement rencontrer de charmants indiens! Varanasi est éternelle, il semble qu'elle n'a jamais changée et qu'elle ne changera jamais.
Imprimer cette page

1 commentaire:

  1. Que de souvenirs!

    Il y a presque exactement 6 ans, j'y étais. Tu expliques très bien ce qu'on y ressent. Je me souviens en promenade dans un bateau longeant les ghats. Je me suis vue il y a 1000 ans et me suis dit que ça devait être semblable. Les cérémomies funéraires avec les cloches interminables et les encens et les familles en deuil. Les mosqué Musulman qui cri ton réveil. La circulation débile dans les rues et le regards profonds des gens. C'est fou hein. Varanasi, je l'ai détesté et adoré. L'Inde m'a transformé à jamais je crois.

    C'est un plaisir de lire vos aventures.

    Bonne continuité.

    Namaste

    Justin

    RépondreSupprimer